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Droit des affaires

Délais de paiement entre entreprises : ce que dit la loi (30, 60, 45 jours)

Par Julien Anney-CavallinAoût 20267 min de lecture

Les délais de paiement entre professionnels sont encadrés par la loi. Les connaître, c'est pouvoir négocier sur des bases solides et sanctionner les retards. Le point complet sur les plafonds légaux, les exceptions sectorielles et les pénalités.

En bref
  • À défaut d'accord écrit, le délai de paiement entre professionnels est de 30 jours après réception des marchandises ou exécution de la prestation (art. L441-10 du Code de commerce).
  • Par convention, les parties peuvent aller jusqu'à 60 jours à compter de la date d'émission de la facture, ou 45 jours fin de mois si cela est expressément stipulé au contrat. Ces plafonds sont d'ordre public.
  • Certains secteurs relèvent de délais dérogatoires plus courts et impératifs (ex. transport routier de marchandises : 30 jours ; produits alimentaires périssables).
  • Tout retard déclenche de plein droit des pénalités de retard et une indemnité forfaitaire de 40 € par facture, dues sans mise en demeure.
  • Le non-respect des plafonds légaux expose à une amende administrative prononcée par la DGCCRF, dont le montant et le nom de l'entreprise sanctionnée peuvent être publiés.

La règle générale

À défaut d'accord, le délai de paiement est de 30 jours après réception. Par convention, les parties peuvent aller jusqu'à 60 jours à compter de l'émission de la facture, ou 45 jours fin de mois si c'est expressément stipulé au contrat. Ces plafonds sont d'ordre public : on ne peut y déroger au-delà.

30 jdélai par défaut
60 jplafond conventionnel
45 jfin de mois (option)
40 €indemnité forfaitaire / facture

Les exceptions sectorielles

Certains secteurs ont des délais dérogatoires plus courts — transport routier de marchandises (30 jours), produits alimentaires périssables, boissons alcoolisées, etc. Ces régimes spéciaux priment sur la règle générale.

Ce que coûte un retard

Tout retard déclenche de plein droit des pénalités de retard (au minimum trois fois le taux d'intérêt légal) et une indemnité forfaitaire de 40 € par facture. Le non-respect des plafonds légaux expose par ailleurs à une amende administrative. Détail dans notre article pénalités de retard et clause pénale.

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C&P
Pénalités de retard & clause pénale
Vos leviers légaux et contractuels de recouvrement
Pénalités de retard
49,93 €
Indemnité forfaitaire
40 €
Total dû par le client
5 090 €

Pénalités = Montant TTC × Taux annuel × (jours de retard ÷ 365). Taux légal 2026 : 12,15 % (taux BCE 2,15 % + 10 points) si non fixé dans vos CGV, avec un minimum de 3× le taux d'intérêt légal. L'indemnité forfaitaire de 40 € par facture est due automatiquement, sans mise en demeure.

Montant de la clause pénale
2 000 €
En % du contrat
10 %

La clause pénale (art. 1231-5 du Code civil) fixe à l'avance une somme forfaitaire due en cas d'inexécution. Contrairement aux pénalités de retard, elle est contractuelle : elle doit figurer au contrat. Le juge peut la modérer si elle est manifestement excessive, ou l'augmenter si elle est dérisoire.

Un levier de négociation trop souvent oublié

Pénalités et clause pénale sont un rapport de force dans le recouvrement. Les afficher rappelle au client que le retard a un coût. Et puisque vous pouvez les abandonner en échange d'un paiement immédiat, elles deviennent une monnaie d'échange : « je renonce aux pénalités si vous réglez sous 48 h ». Encore faut-il les avoir prévues dans vos CGV — c'est une obligation légale de mention.

Structurer mes pénalités & mes CGV

Estimation indicative à visée pédagogique, ne constituant pas un conseil juridique.

Négocier ses délais : un levier stratégique

Le délai de paiement est une variable de trésorerie autant que commerciale. Accepter 60 jours pour gagner un contrat, c'est financer son client : le coût doit être intégré au prix. À l'inverse, proposer un escompte pour paiement anticipé peut accélérer l'encaissement.

Notre différence

Nous relions le juridique au cash : nos clients ne subissent pas les délais, ils les pilotent — clauses contractuelles adaptées, conditions différenciées par segment, et arbitrage prix / délai chiffré.

Calculer précisément l'échéance : point de départ et modes autorisés

La date d'échéance dépend du mode de calcul retenu au contrat. Trois régimes coexistent, avec des points de départ différents — première source de litiges.

Les plafonds de 60 jours date de facture et de 45 jours fin de mois sont deux alternatives d'ordre public : on ne peut y déroger à la hausse. Passée l'échéance, les pénalités courent de plein droit dès le lendemain, au taux fixé aux CGV (au minimum trois fois le taux d'intérêt légal) ou, à défaut, au taux directeur BCE + 10 points, soit 12,15 % au 1er semestre 2026. Détail du calcul dans notre article pénalités de retard et clause pénale.

Tableau des délais dérogatoires par secteur

Certains secteurs relèvent de délais impératifs, généralement plus courts, qui priment sur la règle générale. Ils doivent être expressément stipulés au contrat et ne pas constituer un abus manifeste à l'égard du créancier.

Secteur / catégorieDélai maximalPoint de départBase légale
Transport routier de marchandises, location de véhicules, commissionnaires de transport30 joursdate d'émission de la factureart. L441-11, II
Produits alimentaires périssables, viandes et poissons congelés ou surgelés, plats cuisinés, conserves30 joursfin de la décade de livraisonart. L441-11, I
Bétail sur pied et viandes fraîches dérivées20 joursjour de livraisonart. L441-11, I
Boissons alcooliques passibles de droits de consommation30 joursfin du mois de livraisonart. L441-11, I
Raisins, moûts et vins (accords interprofessionnels)45 j fin de mois ou 60 j date de factureselon l'accordart. L441-11, I
Négoce grand export (achat de marchandises revendues hors Union européenne)90 joursdate d'émission de la factureart. L441-12
Marchés publics — État, collectivités, établissements publics locaux30 joursréception de la demande de paiementart. R2192-10 CCP
Marchés publics — établissements publics de santé50 joursréception de la demande de paiementart. R2192-11 CCP

En cas de doute sur le régime applicable à votre activité, une sécurisation de vos conditions générales de vente évite un dépassement involontaire des plafonds.

Sanctions et contrôle DGCCRF : montants et publication

Le dépassement des plafonds légaux n'est pas une simple faute contractuelle : c'est un manquement passible d'une amende administrative prononcée par la DGCCRF, indépendamment des pénalités dues au fournisseur (art. L441-16 du Code de commerce).

Le même dispositif sanctionne l'absence des mentions obligatoires sur la facture et dans les CGV : date ou délai de règlement, taux des pénalités de retard exigibles et mention de l'indemnité forfaitaire de 40 € pour frais de recouvrement (art. D441-5). La DGCCRF mène chaque année un programme de contrôle ciblé des délais de paiement et publie régulièrement les entreprises sanctionnées. Anticiper ce risque suppose un pilotage rigoureux du poste client : nos leviers concrets sont détaillés dans le guide du recouvrement B2B.

Sources : Légifrance – Code de commerce, art. L441-10 à L441-16 (délais de paiement) · Légifrance – Code de commerce, art. L441-16 (amende administrative) · Légifrance – Code de commerce, art. L441-11 (délais dérogatoires sectoriels) · DGCCRF / economie.gouv.fr – Délais de paiement : les règles à connaître · Légifrance – Code de la commande publique, art. R2192-10 et R2192-11 (délais marchés publics).

Questions fréquentes

Quel est le délai de paiement légal entre entreprises ?
30 jours après réception à défaut d'accord ; par convention, jusqu'à 60 jours à compter de la date d'émission de la facture, ou 45 jours fin de mois si c'est expressément prévu. Ces plafonds sont d'ordre public.
Que se passe-t-il en cas de dépassement des délais légaux ?
Le débiteur doit des pénalités de retard (au moins trois fois le taux d'intérêt légal) et une indemnité forfaitaire de 40 € par facture. Fixer des délais supérieurs aux plafonds expose l'entreprise à une amende administrative.
Le délai de 60 jours se compte-t-il à partir de la facture ou de la livraison ?
Le plafond de 60 jours se calcule à compter de la date d'émission de la facture. L'option des 45 jours se calcule fin de mois. La règle par défaut de 30 jours, elle, court à compter de la réception des marchandises ou de l'exécution de la prestation.
Peut-on imposer des délais plus courts à ses clients ?
Oui : les plafonds sont des maximums, pas des minimums. Vous pouvez contractuellement exiger un paiement à 30 jours, à réception, ou un acompte à la commande, notamment pour les clients à risque.
Les délais de paiement légaux s'appliquent-ils aux particuliers (B2C) ?

Non. Le plafond de 60 jours et l'indemnité forfaitaire de 40 € encadrés par l'article L441-10 du Code de commerce ne concernent que les relations entre professionnels (B2B). Pour un client particulier, aucun délai maximum n'est imposé par ce texte : le paiement est en principe exigible à réception, sauf mention contraire dans vos conditions de vente. Les pénalités de retard restent applicables si elles ont été prévues au contrat.

Quel délai de paiement s'applique dans les marchés publics ?

Les marchés publics relèvent d'un régime distinct du Code de commerce, fixé par le Code de la commande publique. Le délai de paiement est en principe de 30 jours pour l'État et les collectivités, porté à 50 jours pour certains établissements publics de santé. Au-delà, des intérêts moratoires et l'indemnité forfaitaire de 40 € sont dus de plein droit. Vérifiez le délai exact applicable à votre acheteur public avant de contractualiser.

Peut-on refuser un délai de 60 jours imposé par un client ?

Oui. Le plafond de 60 jours est un maximum, pas un droit acquis pour l'acheteur : rien n'oblige un fournisseur à accorder ce délai. Le délai est un point de négociation commerciale. À défaut d'accord, c'est le délai supplétif de 30 jours qui s'applique. Accepter 60 jours revient à financer la trésorerie de son client : ce coût doit être intégré au prix ou compensé par un escompte pour paiement anticipé.

Comment signaler un client qui ne respecte pas les délais légaux ?

Le non-respect des délais de paiement peut être signalé à la DGCCRF, chargée du contrôle et de la sanction. Elle peut prononcer une amende administrative et rendre publique la décision (dispositif dit de « name and shame »). En parallèle, le créancier conserve ses leviers propres : facturation des pénalités de retard, indemnité forfaitaire de 40 €, mise en demeure puis procédure de recouvrement. Ces deux voies sont indépendantes et cumulables.

Julien Anney-Cavallin, fondateur de Cavallin & Partners
Julien Anney-Cavallin
Fondateur de Cavallin & Partners · Expert en business development & credit management · Formateur

Diplômé de l'Université Lumière Lyon 2 (double licence en droit privé et économie, maîtrise en droit des affaires) et de HEC Paris (marketing stratégique). Juriste d'affaires et dirigeant-conseil, il accompagne depuis plus de dix ans les dirigeants de PME B2B — du développement commercial au credit management et au recouvrement.

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